TNT : attendre !

La TNT (Télévision Numérique Terrestre) démarre officiellement en France dans quelques semaines. Il est urgent de ne rien faire ! Nous vous expliquons pourquoi dans les quelques lignes qui suivent.

Il faut savoir que la diffusion de programmes de télévision sous forme de signaux numériques est un fait sur le satellite et sur le câble. Les émetteurs terrestres de leur côté diffusent encore exclusivement notre bon vieux SECAM analogique. L’enjeu de la TNT est de passer progressivement en numérique le réseau terrestre, en commençant par les plus grandes villes dès le 31 mars prochain, afin de nous permettre de recevoir en qualité numérique, avec notre installation traditionnelle (râteau sur le toit et descente d’antenne) si elle est de bonne qualité (contacts non oxydés, câbles de bonne qualité…) des programmes en plus grand nombre sur les mêmes bandes de fréquences. Pour le téléspectateur, la nouvelle TNT suppose l’acquisition d’un nouveau démodulateur-décompresseur de signaux numériques que certains nomment déjà improprement décodeur et une révision éventuelle de l’installation d’antenne par un professionnel.

Dans un premier temps, la télévision analogique SECAM et numérique TNT vont cohabiter jusqu’en 2015 environ, date à laquelle les signaux analogiques SECAM seront définitivement supprimés, libérant ainsi des canaux pour des programmes numériques supplémentaires. Il faut savoir qu’un canal de télévision peut transmettre cinq programmes en numérique dans le même « espace » fréquentiel occupé par un seul canal SECAM. Le démarrage de la TNT prévoit assez rapidement la diffusion de six bouquets de cinq programmes chacun dont une moitié (14 chaînes exactement) accessibles « gratuitement » (sans abonnement payant).

Parlons normes : c’est là que se situe le problème.
Il existe en effet deux normes distinctes de « compression » des signaux (je préfère personnellement le terme de réduction de débit) pour cette diffusion : la norme MPEG2 qui date du milieu des années 90 choisie par les pays qui ont démarré leur « TNT » à la fin de ces années 90 comme les Etats-Unis et une nouvelle norme plus performante appelée MPEG4 AVC (Audio Video Coding) toute récente.
Or, cette dernière est plus efficace que la première et tous les spécialistes s’accordent pour considérer que l’on obtient la même qualité en MPEG4 AVC à un débit de l’ordre de la moitié de celui qui est requis pour le MPEG2 (ratio valable en définition standard comme en haute définition). Cela signifie que l’on peut ainsi placer deux fois plus de programmes dans le même espace fréquentiel en adoptant le MPEG4.
Seule petite difficulté, les outils de décompression de cette norme très récente ne seront disponibles en série qu’à partir de l’été à un coût supplémentaire de quelques dizaines d’euros seulement pour le démodulateur-décompresseur binorme par rapport au modèle actuel uniquement MPEG2.

Fallait-il démarrer la TNT ce printemps ?
Les raisons du choix de notre Premier Ministre en faveur du démarrage en MPEG2 et en mars sont peut être obscures (lutte de clans, proximité du référendum sur la constitution européenne…) toujours est-il que les appareils de réception de la TNT commercialisés jusqu’à l’été seront périmés à plus ou moins long terme.
C’est une certitude !
Peut-être aurait-il mieux valu attendre le mois de septembre et démarrer la TNT avec des appareils de réception binorme donc pérennes ?
Pour toute information complémentaire reportez-vous au site du Ministère de l’Industrie (www.industrie.gouv.fr) où vous trouverez en bonne place l’excellent rapport technique établi par des professionnels ingénieurs et techniciens et remis l’été dernier à M. Devedjian, Ministre de l’Industrie, qui l’a mis en ligne. Personne ne pourra dire qu’il n’était pas au courant !

Les choix effectués
La diffusion « gratuite » en MPEG2 et celle des chaînes payantes et en particulier des programmes transmis en haute définition en MPEG4 est absolument regrettable.
Il faut savoir que la diffusion d’un programme se facture à la bande passante. Si une norme permet de réduire le débit par deux, elle réduit ipso facto la facture de diffusion dans le même rapport. Certes les grandes chaînes peuvent se permettre de payer la diffusion au prix fort parce que celle-ci ne représente qu’une infime partie de leur budget annuel ; mais les petites chaînes que l’on espère voir fleurir sur la future TNT dans le cadre d’un accès que l’on peut espérer élargi à la diffusion pour un plus grand nombre, ont un budget beaucoup plus serré et la division par deux de la part réseau de diffusion constitue une économie salutaire.

Le bon sens
Attendez donc l’automne afin d’acquérir un appareil qui sera capable de s’adapter aux différents types de signaux. Sinon, le produit que vous aurez acquis entre temps sera périmé dans quelques mois.

Alain DELHAISE, février 2005